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Liberté - Page 1662

  • Morue au cidre

    Chronique parue dans la Tribune de Genève du 01.11.07

     

    Il aime la cuisine, passionnément, et aussi la politique. Pour autant, il affirme détester la cuisine politique, mais, aussitôt, son nez s’allonge, tant il excelle dans les concoctions d’officine. Ueli Leuenberger, 55 ans, candidat genevois à la présidence nationale des Verts, est l’un des hommes qui montent sous la Coupole fédérale.

     

    Il y a le politique, il y a l’homme. Le premier, venu de la gauche dure, dont il n’est au fond jamais sorti, est aussi Vert que je suis Javanais. Le second, aimable, cordial, sachant composer avec l’adversaire, se révèle beaucoup plus suisse, dans la pratique, que la dureté de son idéologie. Cet homme complexe est tissé de contrastes. C’est une partie de son charme.

     

    Une origine modeste, une enfance dans la campagne bernoise, des débuts à la Spirou, comme groom dans un hôtel lucernois, une volonté de fer, un parcours de vie qu’il ne doit qu’à lui-même, et qui fait plaisir à voir. Au fond, jusqu’à cette récente déclaration de succession à Ruth Genner, ce cuisiner raffiné, spécialiste de la morue au cidre, avançait plutôt caché, laissant chauffer, à petit feu, son ambition.

     

    Là, il se lance. Il aura contre lui beaucoup de monde, à commencer par la frange féministe du parti. Mais peu importe. Il a raison de se plonger dans cette bataille. Habile, bilingue, passionné, il donnerait à ce parti, trop éparpillé dans un fédéralisme d’un autre âge, l’ossature et la cohérence nationales qui lui font encore défaut. Oui, franchement, Ueli Leuenberger ferait un excellent président.

     

    Pascal Décaillet

  • Quelque part, les saints


    Édito Lausanne FM – Jeudi 01.11.07 – 07.50h

    Les courges, les potirons, les sorcières à deux francs, les monstres en massepain, c’est comme les étoiles d’été, comme les starlettes de la Croisette, comme une Harley-Davidson dans le désert du Nevada. Ça brille un instant, et puis, très vite, ça passe.

    Halloween. Il y a, jour pour jour, sept ans, 1er novembre 2000, j’avais fait un commentaire pour dire mon mépris de la mode Halloween, pure entreprise commerciale, et réhabiliter la Toussaint. On m’avait traité de vieux grogneux, de vieux conservateur, bougon, complètement déconnecté de l’esprit du temps, aveuglé par son attachement viscéral au christianisme, toutes choses au demeurant parfaitement exactes.

    Il n’a pas fallu sept ans pour que je sois vengé. Promenez-vous dans les rues : combien de courges, combien de folies orangées, si ce n’est dans quelque grappe résiduelle de démocrates-chrétiens genevois, avez-vous vues sur votre chemin ? Eh oui, la mode Halloween, c’est déjà fini. Alors que la Toussaint, voyez-vous, cette fête ringarde, grise comme une terre d’automne, simple et silencieuse, ce dérisoire appel des vivants à la mort, est toujours là.

    C’est comme le christianisme, Mesdames et Messieurs, ou le judaïsme, ou l’Islam, mais aujourd’hui, oui, parlons du christianisme. Combien de beaux esprits, modernes comme une nouvelle génération d’I-Pod, énergumènes de cocktails accrochés comme des éphémères sur les sunlights de la nouveauté, nous annoncent la mort du christianisme ? Cela n’est pas nouveau. Cela dure depuis deux mille ans. Et cela est très bien ainsi. Il est normal, il est juste, qu’une religion, pour survivre, doive constamment se battre, s’affirmer, livrer des exemples de vie. Et ces exemples, chez les Chrétiens, cela s’appelle des saints.

    J’ai sous les yeux, ce matin, un merveilleux petit bouquin, publié en 2003 par les Editions Hazan, à Paris, signé Rosa Giorgi, traduit de l’italien, et qui s’appelle « Les Saints ». Ils sont tous là, Basile, Marthe, Justine, Hippolyte, Grégoire, Ambroise, Isidore le laboureur, Eustache, Monique, Marguerite de Cortone, Charles Borromée, Marc l’Evangéliste, et tous les autres aussi. L’iconographie, de Fra Angelico et Piero della Francesca, est époustouflante de beauté. Et ces fragments de vie, tout sauf simples, avec ces moments de doute, de renoncement, de faiblesse, et tout à coup, ces fulgurances de lumière.

    Voilà. Ce matin, j’ai voulu vous parler de saints. Ils sont sur nos fresques, dans des niches lointaines. Et puis peut-être, aussi, sont-ils là. Au milieu de nous. Quelque part.


  • Une initiative stupide et scélérate


    Edito Lausanne FM – Mercredi 31.10.07 – 07.50h

    Interdire les minarets. C’est une initiative qui circule, ces temps, dans toute la Suisse, en récolte de signatures. Elle émane d’un « comité extérieur à l’UDC ». Il paraît qu’elle peine un peu. Que nombre de caciques UDC s’en méfient, soit par amour des minarets, soit - plus probablement – par peur de l’échec.

    Une initiative est un droit populaire. On peut tout imaginer, au fond : interdire les minarets, les églises, les temples, peindre en rose toutes les voitures du pays, arracher les autoroutes, détruire les barrages, inonder la vallée centrale du Valais, interdire les coiffeurs, les sondages. Il ne s’agit donc pas d’en contester le droit.

    Cette initiative, oui, a le droit d’exister. Et moi, comme citoyen, celui de dire que nous sommes face à l’un des projets les plus scélérats et les plus stupides lancés, depuis longtemps, sur la place publique.

    Premier constat : je me promène pas mal en Suisse, comme beaucoup d’entre nous, et je n’ai pas franchement l’impression d’être écrasé de minarets. J’aurais même, franchement, une certaine peine à situer le dernier que j’aie vu sur notre territoire national. Et j’habite en milieu urbain, dans une ville ouverte aux vents du monde. Dire que cette initiative relève du fantasme total est donc un euphémisme. Il n’y a quasiment pas de minaret en Suisse. Vouloir les interdire, c’est un peu aspirer à prohiber la marine maritime à l’intérieur de nos frontières. Ça, c’est le côté stupide.

    Et puis, il y a le côté scélérat. Nous avons, en Suisse, des Musulmans. Comme nous avons des Chrétiens, des Juifs, des athées, des agnostiques. L’immense majorité de ces Musulmans sont parfaitement intégrés à notre communauté nationale. Dire le contraire, c’est mentir. Nombre d’entre eux, d’ailleurs, sont des Musulmans laïques, qui ne sont pas plus piliers de mosquées que la majorité de nos Chrétiens ne sont grenouilles de bénitiers. Quant à ceux qui veulent pratiquer leur religion, l’une des trois grandes du Livre, vieille de près de quinze siècles, ils doivent bénéficier exactement du même traitement que les Catholiques, les Protestants, les Juifs. La liberté de culte est l’un des fondements de la démocratie. Inaltérable.

    En contrepartie, ils doivent, comme toutes les autres religions, respecter nos lois. En quoi l’existence, dans quelques endroits du pays, d’un minaret signalant un lieu de culte, comme il y a des clochers, porterait-elle atteinte au vivre ensemble, en Suisse ? En quoi, si ce n’est dans le fantasme créé artificiellement par quelques incultes confondant islamisme et Islam, cherchant à ériger, au sein de notre communauté républicaine, des barrières entre les humains, là où tout l’art de la politique, de gauche ou de droite, doit être de rassembler.

    Cette initiative est stupide et elle est scélérate. La signer, et surtout l’accepter, un beau dimanche, en cas de votation populaire, serait nier les fondements de la Suisse elle-même. Pays de respect et de pluralité. Pays à plusieurs voix, plusieurs intonations, plusieurs inflexions spirituelles. L’un des pays du monde où nous réussissons le mieux, malgré nos différences, à vivre ensemble. De grâce, ne cassons pas cela.