Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

- Page 2

  • Le réarmement allemand profitera à..... l'Allemagne. Et à elle-seule !

     
     
    Sur le vif - Mardi 08.09.26 - 16.01h
     
     
     
    L'Histoire militaire allemande, depuis Frédéric II, le grand roi de Prusse de 1740 à 1786, me passionne depuis le début de mon adolescence. Non en soi, mais comme élément constitutif de l'Histoire générale des Allemagnes, de 1522 (traduction de la Bible en allemand par Martin Luther) à nos jours.
     
    Je me passionne pour l'Histoire militaire, tout comme je me passionne pour l'Histoire politique, économique, industrielle, mais encore plus linguistique (l'Histoire de la langue, des dialectes, des mot allemands, tout passe par là, donc par les Frères Grimm), l'Histoire poétique, et, passion suprême, l'Histoire musicale.
     
    L'Histoire des Allemagnes est un tout. Il faut l'appréhender dans sa globalité. Prendre le monde germanique pour ce qu'il est : divers, décentralisé, dialectal, très attaché aux identités régionales.
     
    C'est dans cette perspective, holistique, que j'invite à s'intéresser au réarmement allemand, massif, systématique, et surtout progressant en fulgurance depuis quatre ans. L'affaire ukrainienne y tient évidemment un rôle central, Mais aussi, et surtout, le retrait stratégique des Américains, qui ont posé le pied sur sol européen en été 43 (Sicile, puis Italie), et surtout le 6 juin 1944 (Normandie).
     
    A l'Ouest, ils ont joué le rôle de parapluie, bien encouragés par une démocratie chrétienne atlantiste à souhait, comme elle le fut en Italie, dans les décennies d'après-guerre.
     
    Mais bientôt, le parapluie ne sera plus là. Les Allemands l'ont compris. Ils ont saisi l'essentiel : leur salut, comme TOUJOURS dans leur Histoire, viendra d'eux-mêmes. Leur énergie. Leur force de caractère. Leur inventivité. Dans ces trois domaines, ils disposent de richesses prodigieuses. Dans les années difficiles, 45 et suivantes, au milieu d'un pays en ruines, ils ont fait l'effort pour se relever. Il y fallait une énergie colossale. Ils l'ont eue.
     
    Mieux : leur actuel réarmement est celui d'une armée conventionnelle, l'armement nucléaire ne leur étant pas autorisé. Et c'est au fond leur chance, par rapport à une France trop fixée sur la providence de sa force de dissuasion atomique. Le réarmement allemand est extraordinairement diversifié. Des avions, bien sûr. Mais aussi, par milliers, des chars. Eh oui, ces bons vieux chars, que les esprits légers, nourris des chimères des "dividendes pour la paix", nous présentent depuis 35 ans comme dépassés, caducs.
     
    Les chars, les Allemands connaissent, c'est le moins qu'on puisse dire. Même au moment où la Bundeswehr était sous le joug du plus sévère contrôle de sa taille et de sa puissance (1945-1990), les instructeurs de chars les plus performants, au début bien sûr des vétérans de la Wehrmacht, ont soigné, comme nulle part ailleurs, la transmission du savoir-faire sur les Panzers.
     
    L'Allemagne s'est très longtemps retenue depuis 1945, mais là, depuis 2022, tous les verrous ont sauté. Tournée vers l'Est (le Drang nach Osten n'est mort que chez les naïfs, les endormis et les incultes), elle se forge à nouveau, à une vitesse vertigineuse, les outils de son autonomie stratégique.
     
    Les naïfs, les incultes ? Ils s'imaginent que ce réarmement massif de l'Allemagne sera "mis au service de l'Europe".
     
    Quelle Europe ? L'Europe n'existe pas. Ni militairement, ni stratégiquement, ni politiquement, ni en Affaires étrangères. L'Europe, pour l'heure, est une chimère. Mais l'Allemagne, elle, la vieille nation allemande, existe.
     
    Le réarmement allemand, le jour venu, profitera à..... l'Allemagne. A la nation allemande. Au peuple allemand. En alliance, peut-être, avec les pays de l'Union européenne.
     
    Et puis, peut-être pas.
     
    Cette seconde hypothèse, un peu plus glaçante que la première, est la mienne, depuis toujours. J'y reviendrai, largement.
     
     
    Pascal Décaillet

  • Saxe-Anhalt : ils n'analysent plus, ils s'étranglent !

     
     
    Sur le vif - Lundi 07.09.26 - 13.20h
     
     
     
    L'extase par la strangulation. C'est ce que nous montre le réalisateur japonais Oshima, dans son extraordinaire film "L'Empire des sens" (1976). Dire que j'en fus marqué, lorsque je le vis tout jeune, est un faible mot.
     
    Alors, ce serait cela ? Ils cherchent secrètement à jouir, ces milliers de commentateurs des élections en Saxe-Anhalt, qui remplacent l'indispensable froideur de l'analyse politique et historique, par l'expression, sans cesse recommencée (comme la Mer, de Paul Valéry) de leur étouffement.
     
    Ils ne diagnostiquent plus. Ils s'étranglent. Ils moralisent. Les années trente ! Chapoutot ! Le ralliement des élites à la Bête immonde ! Le retour du nazisme !
     
    Ils ne citent même pas Heinrich Mann, génial frère aîné de Thomas, auteur central sur les ultimes années de la République de Weimar, parce qu'ils ne le connaissent pas.
     
    S'étrangler ça leur fait du bien ? Chez Oshima, sans vouloir déflorer, ça finit plutôt mal, mais bon, chacun son truc, chacun son trip, chacun conjure sa solitude comme il peut.
     
    Le problème, c'est qu'en analyse politique, il faut...... analyser. Et non s'étrangler. Et, pour analyser un pays aussi complexe et passionnant que l'Allemagne, il faut avoir passé sa vie à y séjourner, la visiter, la parcourir, en étudier l'Histoire. Politique. Militaire. Linguistique (oh oui, la langue, les dialectes, tout passe par eux). Poétique. Musicale.
     
    Disons que le discours sur l'Allemagne se met très vite à suinter l'inculture et la méconnaissance, la reprise moutonnière de lieux communs, plus vite que d'autres, où on peut plus facilement tenir salon, faire illusion. Sur les chaînes TV parisiennes. A la RTS. Parce que la VRAIE CONNAISSANCE, ça passe par la langue, vous comprenez ? Par Martin Luther. Par les Frères Grimm. Par Bertolt Brecht. Par Heiner Müller. Par Christa Wolf. Eh oui, la DDR a aussi produit de fulgurants inventeurs de mots.
     
    Et puis, justement, il y a l'ex-DDR. Il se trouve que j'ai, depuis ma jeunesse, un lien, et des atomes plus que crochus, avec ce pays, qui exista comme tel entre 1949 et 1990. Mais qui représente, plus simplement, la Prusse historique, la Saxe historique, la Thuringe. Cinq Länder, pour trois Allemagnes. Vous trouverez moins de similitudes entre un Prussien et un Saxon, qu'entre un hippocampe et un cornet à pistons.
     
    Alors voilà, je prends mon bâton de pèlerin, je ne laisserai pas l'ignorance et la superficialité s'étaler à l'envi dans l'espace public. Je vous proposerai, ici et ailleurs, dans les jours qui viennent, des éclairages sur le petit Land (2 millions, seulement) de Saxe-Anhalt. Sur le grand retour, dans les âmes, de la DDR. Sur la responsabilité écrasante, devant l'Histoire, de deux gentils centristes, Helmut Kohl et Angela Merkel. Sur les vertus sociales, associatives et culturelles de la DDR, englouties dans la grossièreté immonde du phagocytage de l'Allemagne de l'Est par le glouton Kohl, valet du capitalisme, du libéralisme et des Américains.
     
    Mais aussi, il nous faudra bien parler, AfD ou non, de l'essentiel : le RÉARMEMENT MASSIF de l'Allemagne, par centaines de milliards. Ces armes, elles serviront à "l'Europe" ? Laissez-moi rire ! "L'Europe" n'existe pas ! Ces armes, elles serviront à l'Allemagne, et à l'Allemagne seule. A la nation allemande, qui a patiemment attendu son heure depuis 1945. Comme elle avait, mille fois plus patiemment encore, attendu, après la destruction totale du pays en 1648 (Guerre de Trente Ans), de se relever, un siècle plus tard. Sous Frédéric II, le génial roi de Prusse. Et quel réveil !
     
    En sentinelle diaphane derrière son nuage, il doit se frotter les mains, le Vieux Fritz. La strangulation lente, lui aussi, il connaissait. Par la diplomatie, et par les armes. C'est excitant, aussi. Mais il n'est pas certain que cette jouissance-là, mitonnée sous les lambris de "Sans-Souci", à Potsdam, soit, pour tous les intéressés, immédiatement au rendez-vous.
     
     
    Pascal Décaillet